Biolait : du lait 100% bio et français

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Engagé depuis 25 ans pour le développement de la filière laitière biologique, le groupement Biolait collecte le lait 100% bio de 1400 fermes situées partout en France.

Pourquoi avoir rejoint le label ?

« Une démarche naturelle pour notre Groupement, les valeurs du label font déjà partie de l’ADN de Biolait. Depuis sa création, Biolait n’a considéré le commerce que sous sa forme équitable. Par notre adhésion à Bio Equitable en France et face à une attente sociétale de plus en plus forte, nous souhaitons porter un commerce garantissant le partage équitable de la valeur entre chaque acteur de la filière et la valorisation des pratiques vertueuses des producteurs sur les fermes. »

Ludovic Billard, Président de Biolait et producteur dans les Côtes d’Armor.

Plus d’informations : https://www.biolait.eu/
Témoignage d'Yvon Cras, GAEC du Bocage, 
Plougar, Finistère - Groupement Biolait

Qui êtes-vous ?

Yvon Cras, je me suis installé en 1982 tout seul au début sur des terres en location. En 1990, pour succéder à nos parents et à notre oncle, avec mon frère Jean nous avons créé le GAEC et avons agrandi la ferme pour produire plus de pommes de terre, de choux fleurs et de lait, intensifié les volumes, la productivité… Nous utilisions tous les outils de l’époque : engrais, pesticides, nous avions remplacé les betteraves par le maïs et le concentré pour nourrir nos vaches… comme tous.
En 1995 nous sommes rentrés dans un groupe de réflexion au contrôle laitier qui spontanément m’a permis de remettre en cause nos pratiques techniques et économiques. Très vite avec les chiffres nous avons pris conscience de la nécessité de changement de cap vers l’autonomie.

En 1998 nous avons eu la chance de participer à un échange parcellaire crucial entre voisins qui nous a permis de passer de 0,2 hectare accessible à 0,6 aujourd’hui. Cette « révolution » a été suivie par une découverte des clés du système pâturant à Moorepark en Irlande. Il s’en est suivi de multiples questions et échanges entre paysans motivés en groupe à la chambre d’agriculture, avant un nouveau voyage en Grande Bretagne pour mesurer l’intérêt des croisements de races, immédiatement adoptés en 2009. Les génisses de renouvellement sont devenues « kiwi » par leur père jersiais puis rouge scandinave.
Avec le temps je suis revenu à ce que disait notre père né en 1922, il avait grandi avant le « plan Marshall » et son évolution, je l’ai maintes fois entendu dire de respecter la terre, la nature… nous y sommes revenus.

En 2008 nous avons fait le choix de la conversion à l’agriculture biologique. Un peu seuls au début mais très vite rejoints par les collègues, des groupes impactés aussi par la crise du lait de 2009…

Que produisez-vous sur la ferme ?

Nous produisons du lait avec 52 vaches sur 43 ha, un peu de viande également : du veau au lait et quelques vaches de réforme adaptées qui peuvent être croisées armoricaines ou bretonnes pie noir. Nous sommes également producteurs d’électricité grâce à des panneaux solaires installés en 2009.

Nos vaches sont dehors toute l’année, elles sont à l’étable la nuit de décembre à février. Nous achetons de la paille chez nos voisins et un peu de minéraux.
La longévité est un des critères principaux pour évaluer notre troupeau. Il tient à la santé de la mamelle et à la faculté des vaches à faire naître un veau chaque année. En les gardant 10 ans en moyenne cela réduit le nombre nécessaire de génisses de renouvellement et fait que la part de fourrage produite sur la ferme est plus intensément destinée à la production de lait, ce qui est bénéfique économiquement tout en améliorant le bilan CO2 de notre activité.
Nos premières pâtures encore en place ont été semées en 1998, elles sont toujours productives et de multiples espèces fleurissent au printemps, elles hébergent également une très bonne biodiversité. Cette longévité est un facteur de résilience face aux risques de sécheresse ou d’excès de pluies.
Les fondamentaux sur notre ferme sont de trouver et d’organiser une cohérence entre l’économique, le social, l’environnement, l’énergie, le climat, la biodiversité, la santé publique et la transmission des outils… Ce sont les points cardinaux qui nous ont guidés pour faire nos choix et évoluer vers nos objectifs, nous nous sommes acharnés à y répondre en permanence.

Combien de personnes travaillent avec vous ?

Aujourd’hui je me prépare à la retraite, je suis avec mon frère sur la ferme, mon fils Simon nous a rejoint le 1er janvier, nous sommes donc actuellement 3 associés. Simon était cuisiner, il a voulu revenir à la terre. Nous avons été deux pendant 30 ans, ça pouvait être astreignant, maintenant avec Simon ça insuffle une nouvelle dynamique.

Que faites-vous en ce moment ?

Nous avons fini d’épandre le fumier de l’hiver dernier ainsi que le lisier sur les parcelles dessinées. Cela nous prend environs 2 semaines. Notre quotidien reste la gestion du pâturage. Bientôt nous allons commencer l’entretien de nos 8 km de haies et talus (nous replantons également entre les parcelles de pâturage). Pour la traite nous sommes à deux pendant que le troisième gère l’allaitement des veaux. La traite nous prend environ 1h30 le matin et 1h le soir. À trois nous avons réussi à réduire ce temps de moitié.

Les fondamentaux sur notre ferme sont de trouver et d’organiser une cohérence entre l’économique, le social, l’environnement, l’énergie, le climat, la biodiversité, la santé publique et la transmission des outils.

Quels sont vos projets ?

Nous souhaitons maximiser la production tout en restant autonomes, continuer à resserrer le maillage bocager, assurer la pérennité des pâtures avec l’objectif de neutralité carbone. Cela est permis par la rotation pâturage et fauchage avec le retour des éléments par fumier et lisier, ou la présence des animaux. Notre objectif est de « produire sans détruire », avoir un revenu sans détruire le capital. Pour le sol nous faisons tout pour qu’il soit plein de vie, qu’il stocke le CO2…

L’agroécologie, en quoi cela vous paraît essentiel ?

Cela me paraît essentiel de tenir compte des bilans carbone et énergétique. Quand nous avons des stagiaires nous mettons en parallèle : le fait de produire du lait, est-ce : « labour, semis, traitements, récolte, stockage, distribution, suivi de raclage, stockage, épandage ? » ou « pâturage et traite » ?
L’énergie sur notre ferme c’est sobriété par la photosynthèse, y être à trois amplifie la dynamique.

Pouvez-vous nous parler de la qualité de vos produits, pour l’environnement et pour les consommateurs ?

Nous avons trouvé une cohérence naturelle entre la production de lait et de viande au pâturage, la conduite sélective du troupeau correspond également à ce schéma-là. Le lait produit sur les fermes qui partagent nos pratiques avec BIOLAIT, est plus riche en Oméga 3 et évolue vers la plénitude A2A2 qui permet une meilleure digestion du lactose pour le consommateur.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier ?

Nous sommes les chefs d’orchestre du pâturage tournant dynamique et notre petite ferme a une crédibilité économique avec une gestion à long terme qui répond aux enjeux de demain. Des enjeux ici en Europe, mais aussi sur les autres continents concernant l’importation de soja par exemple. C’est très important pour nous de ne pas surproduire pour ne pas détruire les agricultures vivrières d’autres pays. Nous sommes attachés à cette cohérence et à cette autonomie alimentaire ici et ailleurs, une cohérence et une autonomie pour préserver le climat.

crédit photo : Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr (https://agriculture.gouv.fr/etre-agriculteur-cest-preserver-les-ressources)