Rencontre avec Nicolas et Michelle, apiculteurs à La Ruche à Six Pattes

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abeilles sur cadre

« La coopérative nous a sauvés » : Nicolas et Michelle, apiculteurs à La Ruche à Six Pattes

À la tête du GAEC La Ruche à Six Pattes, Nicolas et Michelle ont fait le choix d’une apiculture biologique qui concilie exigence technique, qualité de vie et engagement collectif. Membres de la coopérative Les Miels Bio du Limousin, labellisée Bio Équitable en France, ils racontent comment la coopération leur permet de traverser les crises, de sécuriser leur activité et de construire une exploitation qui leur ressemble.

« Tremper les doigts dans le miel, ça m’a tout de suite plu »

Comment êtes-vous devenus apiculteurs ?

Nicolas : J’ai découvert l’apiculture au début des années 2000, un peu par hasard, pendant un stage de BTS. Ce qui m’a tout de suite plu, c’était la possibilité de vivre dans de beaux paysages… et de tremper les doigts dans le miel, comme ça, cadeau ! À partir de là, j’ai enchaîné les stages, l’apprentissage, les saisons, jusqu’au moment où je me suis dit : « Pourquoi ne pas le faire pour moi ? »

Je suis revenu à Saint-Pantaléon-de-Lapleau en 2005. Au départ, ce n’était pas forcément pour m’installer, mais pour commencer à construire un projet. J’ai fabriqué mes premières ruches dans mon garage avec un copain, j’ai testé, j’ai vu que ça fonctionnait. En 2007, j’ai créé mon exploitation. Puis Michelle m’a rejoint et nous avons créé ensemble le GAEC La Ruche à Six Pattes.

« On voulait construire un outil qui ne nous fracasse pas au travail »

Qu’est-ce que le travail à deux a changé ?

Nicolas : Ça nous a permis de prendre une autre dimension. Tout seul, je n’aurais jamais construit cette mielerie. On s’est dit que, tant qu’à construire quelque chose, autant faire un outil efficace, qui nous permette de travailler confortablement, sans nous faire mal. Pas seulement pour nous, mais aussi pour nos salariés et les stagiaires.

On a travaillé avec une ergonome pour penser les déplacements, les postes de travail, toute l’organisation. Aujourd’hui, on peut dire qu’on a réussi notre projet : la mielerie nous facilite vraiment le travail.

« Nicolas travaille avec les abeilles, moi je fais vivre le miel »

 

Comment vous répartissez-vous les rôles ?

Michelle : Nicolas s’occupe surtout des ruches. Il a toutes les connaissances techniques, il gère les colonies, l’élevage des reines, les transhumances. Moi, je l’accompagne quand il a besoin de moi, mais je prends surtout le relais sur tout ce qu’il y a après : les mises en pots, les commandes, les livraisons, la facturation, la relation avec les magasins et les animations.

Je m’occupe aussi du suivi des salariés. Chaque mois, on prend le temps de s’asseoir avec eux pour discuter : qu’est-ce qui va bien ? Qu’est-ce qui peut être amélioré ? Ils n’ont pas forcément le même contact avec Nicolas qu’avec moi. C’est important qu’ils aient quelqu’un à qui parler.

« Notre priorité, c’est d’avoir du temps pour nos enfants »

Vous parlez beaucoup de votre famille. C’est un choix fort ?

Michelle : Oui. Nicolas essaie vraiment de travailler du lundi au vendredi, de commencer quand les enfants sont partis à l’école et d’être rentré le soir pour qu’on mange ensemble. Les week-ends, on profite des enfants. Moi aussi, j’organise mon travail en fonction de leur rythme.

Nicolas : Mon père a construit ce bâtiment. Je l’ai vu passer sa vie au travail. Il était juste en face de la maison, mais je ne l’ai pas beaucoup eu avec moi. J’en ai gardé une grosse frustration.

Quand ça a été notre tour d’avoir des enfants, le choix était clair : je n’allais pas sacrifier ma vie au travail. Aujourd’hui, notre priorité, c’est d’avoir du temps pour eux.

C’est aussi pour ça qu’on embauche. On accepte de partager une partie de nos revenus avec nos salariés parce qu’ils nous offrent du temps à la maison.

 

« Après les crises, il a fallu reconstruire »

 

Quels sont aujourd’hui les principaux défis de votre exploitation ?

Nicolas : Les crises successives, le Covid, la crise du pouvoir d’achat, la crise du miel, la crise du bio, nous ont fait perdre beaucoup de clientèle. Aujourd’hui, il faut reconstruire nos débouchés.

On va reprendre notre petite voiture, notre petit pot de miel et aller faire goûter nos produits aux magasins. C’est notre échelle. On est une petite structure, on préfère développer des relations de proximité.

On réfléchit aussi à développer la transformation. Michelle a commencé à faire du pain d’épices un peu pour rigoler… et finalement ça a bien marché ! On se demande maintenant jusqu’où aller, tout en gardant l’équilibre qu’on a construit.

 

« La coopérative nous a sauvés »

 

Vous faites partie de la coopérative Les Miels Bio du Limousin, engagée dans la démarche Bio Équitable en France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Nicolas : Au départ, la coopérative avait été créée pour accompagner l’installation de jeunes apiculteurs en leur offrant un débouché sécurisé. Puis les crises sont arrivées et le marché s’est complètement déformé.

Aujourd’hui, la coopérative est devenue un véritable outil collectif de commercialisation.

Je le dis clairement : la coopérative nous a sauvés.

Le travail collectif nous a permis d’écouler notre production à un moment où beaucoup de marchés s’effondraient. Seuls, on n’aurait jamais pu aller chercher certains débouchés. Ensemble, on bénéficie de marchés sécurisés, de prix garantis et d’une vraie stabilité pour nos exploitations.

Ce qu’on apprécie aussi, c’est que c’est une vraie coopérative de producteurs, faite par et pour les producteurs. On partage les décisions, les responsabilités et les mêmes valeurs.

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« À la base, c’était un groupe de copains »

 

Qu’est-ce qui fait la force de cette coopération ?

Nicolas : À la base, c’est un groupe de copains qui s’est dit un soir : « Et si on faisait un truc ensemble ? »

Aujourd’hui, on partage les mêmes convictions autour du bio, des abeilles et du territoire. Chaque année, certains suivent des formations pour apprendre à mieux coopérer : partager des idées, du matériel, construire ensemble, gérer les conflits.

Je crois vraiment que c’est cette manière de faire qui nous rend plus solides. Quand on traverse des périodes compliquées, on est beaucoup plus forts ensemble que chacun dans son coin.

 

« Il n’y a pas deux journées qui se ressemblent »

 

Qu’est-ce qui vous plaît encore aujourd’hui dans votre métier ?

Michelle : Pour moi, il y a un peu de tout. Au printemps, il y a les odeurs. Ensuite, il y a le goût. Puis il y a le contact avec les clients. On travaille avec un produit vivant et on suit les saisons. Même les enfants peuvent participer à certains moments.

Nicolas : Il n’y a pas deux journées pareilles. Il n’y a pas deux semaines pareilles, ni deux années pareilles. On réapprend tous les jours.

Et puis il y a toujours ce plaisir incroyable de tremper les doigts dans le miel directement dans la ruche, avec les odeurs, les vibrations, toute cette vie autour de nous.

 

« Réussir, c’est construire quelque chose qui dure »

 

Avec le recul, qu’est-ce que réussir signifie pour vous aujourd’hui ?

Nicolas : Réussir, ce n’est pas travailler toujours plus. C’est construire une exploitation qui puisse durer. Une exploitation où l’on vit correctement de son métier, où l’on peut préserver du temps pour sa famille, où les salariés travaillent dans de bonnes conditions et où l’on avance avec d’autres producteurs qui partagent les mêmes valeurs.

Au fond, c’est ça que nous apporte aussi la coopération : on est plus solides ensemble et on construit quelque chose qui dure.

 

La ruche à 6 pattes