Rencontre avec Damien Lalardy, éleveur de poules pondeuses dans le Lot-et-Garonne

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Dans le paysage agricole français, certains agriculteurs se distinguent par leur engagement pour une production plus respectueuse de l’environnement, une filière plus autonome, ou une ambition de rupture avec les modèles conventionnels. Damien Lalardy est l’un de ces acteurs. Par son activité d’éleveur bio de poules pondeuses installé dans le Lot-et-Garonne, il concilie valeurs, pragmatisme, contraintes et innovations.

Bio Equitable en France

Bonjour Damien, et merci de nous recevoir ici, en plein champ. Pour commencer, peux-tu nous indiquer où nous sommes ?

Damien Lalardy

Bonjour. Vous êtes ici parmi les parcelles et les cultures qui nourrissent mes animaux. C’est ce décor, cet environnement vivant, qui raconte une part de ce que je fais. Ici, on ne triche pas : il faut voir, sentir, marcher sur le sol, toucher les plantes.

 

Bio Equitable en France

Tu es issu d’une lignée d’agriculteurs en bio dans ta région. Comment cette tradition familiale t’a-t-elle guidée dans tes choix professionnels ?

Damien Lalardy

Je dirais que pour moi, ce n’était pas une conversion radicale mais une continuité. Mes parents, mes grands-parents, ils vivaient l’agriculture biologique, ou du moins avec des pratiques très tournées vers la nature. J’ai grandi dans ce contexte, j’ai respiré cette façon de travailler la terre, je l’ai vue, je l’ai vécue. Quand j’ai repris l’exploitation en 2006, je ne suis pas parti de zéro; j’ai poursuivi un héritage. Le défi, c’était de l’adapter à notre époque, de le rendre viable économiquement, mais en gardant cette fibre profondément bio et respectueuse du vivant.

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Le bien-être animal est au cœur de ton discours. Comment le matérialises-tu dans tes pratiques quotidiennes ?

Damien Lalardy

Le bien-être animal, pour moi, ce n’est pas un mot creux : ça se voit dans les conditions de vie des poules. D’abord, elles ont un accès à l’extérieur : mais pour qu’elles en profitent, il faut des arbres, de l’ombre, un couvert végétal, pas un sol nu. Le parcours doit être accueillant, stimulant, pas un désert.Ensuite, le lien entre la qualité de l’aliment et la santé animale est fondamental. Si je maîtrise l’alimentation dès le départ, je réduis les risques, j’évite les intrants. Le bâtiment lui-même doit être bien conçu, avec une ventilation correcte, un sol qui ne s’use pas trop, des zones de repos, des parcours bien gérés.

Et puis, il y a aussi le soin que je porte aux terres : si le sol est vivant, si les cultures sont diversifiées, l’ensemble du système fonctionne mieux, moins de stress, plus de résilience.

 

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Tu ne te considères pas uniquement comme producteur isolé, mais comme acteur de la filière œuf locale. Tu es vice-président du GIE Biogalline : pourquoi ce choix ?

Damien Lalardy

Oui, je suis engagé dans Biogalline, qui regroupe plusieurs producteurs d’œufs dans le sud-ouest. L’idée, c’est que chaque fermier ne porte pas seul toute la logique commerciale, toute la logistique du conditionnement, de la vente. En coopérant, on peut mutualiser les investissements, améliorer la qualité du service, donner une plus grande valeur ajoutée locale.

Beaucoup de producteurs sont “enfermés” dans des chaînes où ils ne contrôlent ni l’alimentation, ni la partie commerciale. Ils doivent se soumettre à des intermédiaires. J’ai voulu prendre le contrepied : avoir un atelier de conditionnement sur ma ferme, trier, calibrer, emballer ici, puis distribuer. Même les œufs d’autres fermes locales qui rejoignent le circuit passent par cette plateforme. C’est un choix de liberté, de contrôle, d’équité pour tous les acteurs.

Bio Equitable en France

En termes de défis, quels sont les principaux obstacles que tu rencontres aujourd’hui ?

Damien Lalardy

Il y en a plusieurs. Le coût, c’est souvent ce qu’on entend, mais c’est vrai : produire sans intrants, avec des matériaux biologiques, ça demande plus de temps, plus d’efforts, souvent plus de main-d’œuvre. Il faut que le modèle soit économiquement viable.

Ensuite, la volatilité du marché, la concurrence de systèmes moins exigeants, les réglementations qui évoluent, tout cela impose une anticipation, de la souplesse.

Il y a aussi le défi climatique : sécheresses, excès d’eau, aléas, tout ce qui touche la terre nous touche directement.

Enfin, la transmission, donner envie aux jeunes d’entrer dans ce modèle plus exigeant, plus artisanal, plus engagé.